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La recette de Christoph Niemann pour faire des applications

Interactivité, coopération avec d’autres métiers, exigence de la simplicité, Christoph Niemann explique les contraintes qu’il rencontre et les principes qu’il suit pour créer des applications pour enfants.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis auteur illustrateur, je travaille pour des magazines et des journaux américains (The New Yorker, Times...), j’ai travaillé dans l’animation et récemment j’ai commencé à créer des applications pour enfants. J’ai développé les applications Petting Zoo, une application dans laquelle l’illustration s’anime lorsque vous la toucher et effectue des choses surprenantes, et plus récemment Chomp, une application où votre propre vidéo devient une partie intégrante de l’illustration et où vous pouvez interagir en tant que dessin animé.

Quelles différences narratives distinguent le livre de l’application ?

Avec un livre traditionnel, l’auteur détient le contrôle absolu. Je peux décider ce que peut ou ne peut pas faire le personnage, je peux orienter l’histoire, où celle-ci se tend, où elle se relâche. À partir du moment où je permets l’interaction, cela signifie que je donne le contrôle au lecteur. Et bien entendu, donner le contrôle au lecteur signifie que je perds le contrôle, ce que je n’aime pas vraiment, mais cela crée beaucoup plus de possibilités, une fois que l’imagination du lecteur interagit avec la mienne. Parfois, des choses surprenantes et drôles peuvent arriver.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez pour faire une application ?

Malheureusement, ce n’est pas facile de faire une application. Le principal problème c’est de trouver une idée, parce qu’avec ce nouveau média, il n’y a pas de chemin tout tracé. Pour écrire livre, vous savez ce qu’est un livre, même si faire un livre reste toujours difficile. Mais avec une application, personne ne sait ce qu’est ou ce que peut être une application. Et si quelqu’un le sait, on aura une toute autre définition dans deux mois. Pour faire une application, je dessine chaque image, soit environ 8 à 10 000 images. Ou plutôt, je dessine 20 000 images et j’en écarte 10 000 qui ne fonctionnent pas. C’est un travail considérable.

Et enfin, l’un des grands enjeux, c’est la coopération. Je travaille habituellement seul, j’adore dessiner par moi-même, être mon propre maître, être capable de sélectionner les choses comme je l’entends. Avec une application, cela devient difficile : vous avez besoin d’un développeur, vous avez besoin d’aide pour la production et la promotion. Le secret, c’est de trouver les bonnes personnes. Ça m’a pris du temps, mais j’ai été extrêmement chanceux de rencontrer John Huang, le développeur avec qui je travaille. En plus d’être un développeur fantastique, il a cette sensibilité visuelle exceptionnelle, ce qui le plus important. Ce qui veut dire que quand je veux raconter une histoire visuelle particulière, il le comprend comme s’il se mettait à la place du lecteur. Quand nous discutons, je n’ai pas à expliciter ma philosophie, il comprend de la même façon que je comprends ses contraintes techniques. Je travaille aussi avec Fox & Sheep, ils travaillent sur la production et la promotion. Ils ont également un esprit artistique, ce qui est crucial dans la coopération, car si vous devez constamment vous justifier sur tout, toute votre énergie est aspirée et il n’en reste plus pour la création.

CNiemann

Pouvez-vous expliquer le concept de simplicité dans vos créations ?

La technologie évolue constamment : de plus en plus de choses sont désormais possibles et il y a une tendance à montrer excessivement toutes possibilités techniques, qui créent une expérience très dense et que je ne trouve pas très heureuse, car il y a trop d’information dans l’application.

J’aime les choses au contraire simples et directes. Cependant, la simplicité ne doit pas être confondue avec quelque chose de facile. Ce n’est pas partir de zéro et aller à un et penser : « oh j’ai un très bonne idée, c’est juste une boîte avec des jambes qui marche… » Mais plutôt : je dois d’abord créer un univers complexe et un peu fou, puis je commence à me dire « cette partie n’est pas nécessaire, celle-là non plus… » C’est comme tailler un arbre, jusqu’à obtenir une seul branche débarrassée du superflu et qui illustre parfaitement votre idée. Ce n’est donc pas aller de zéro à un mais de zéro à mille, puis revenir doucement à un. À la fin, vous obtenez le un très particulier, qui concentre l’essence de votre idée.